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Décret tertiaire : qui est concerné, quels objectifs, quelles échéances

Le décret tertiaire, ou dispositif Éco Énergie Tertiaire, impose aux propriétaires et occupants de bâtiments tertiaires une trajectoire de réduction de la consommation d'énergie finale, une déclaration annuelle sur la plateforme OPERAT et une attestation opposable. Cette page réunit, dans un langage direct, ce qu'un dirigeant ou un responsable technique doit savoir pour piloter sa conformité sans se perdre dans les textes.

Trajectoire de réduction imposée par le dispositif (méthode en valeur relative)
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Voir les données du graphique
Objectifs de réduction en valeur relative aux trois échéances du dispositif.
RepèreValeur (% de réduction par rapport à l'année de référence)
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204050
205060

Le fondement juridique du dispositif

Le dispositif Éco Énergie Tertiaire (DEET), plus connu sous le nom de décret tertiaire, trouve son origine dans l'article 175 de la loi ELAN, codifié à l'article L. 174-1 du Code de la construction et de l'habitation. Cet article de loi pose le principe d'une obligation de réduction de la consommation d'énergie finale des bâtiments à usage tertiaire, sans en fixer lui-même le détail opérationnel.

Le détail d'application a été précisé par un décret dédié aux obligations d'actions de réduction de la consommation d'énergie dans les bâtiments tertiaires, complété par un arrêté dit « méthode » qui fixe les règles de calcul et de correction climatique, puis par une série d'arrêtés dits « valeurs absolues » qui déclinent, activité par activité, les seuils de consommation à ne pas dépasser. Ce corpus s'est enrichi au fil du temps et continue d'évoluer par petites touches, sans remettre en cause l'architecture générale du texte.

L'ensemble du dispositif est piloté par une plateforme numérique unique, OPERAT — l'Observatoire de la Performance Énergétique, de la Rénovation et des Actions du Tertiaire — opérée par l'ADEME. C'est sur cette plateforme que se font la déclaration des consommations, le suivi de la trajectoire et la délivrance de l'attestation. Il n'existe pas d'autre canal de déclaration reconnu : toute conformité passe par OPERAT.

Un empilement de textes, une seule finalité

Loi, décret, arrêté méthode, arrêtés valeurs absolues : cet empilement peut sembler complexe, mais il répond à une seule logique. La loi fixe le principe, le décret fixe le périmètre et les obligations, les arrêtés fixent les modalités techniques de calcul. Comprendre cette hiérarchie aide à savoir où chercher l'information quand un point paraît flou.

Assujettissement : le seuil de 1 000 m² et son appréciation cumulative

Le décret tertiaire s'applique aux bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments hébergeant des activités tertiaires dont la surface de plancher cumulée atteint 1 000 m² ou plus. Ce seuil de 1 000 m² est le critère d'entrée dans le dispositif : en dessous, aucune obligation ne s'applique ; à partir de ce seuil, l'ensemble des obligations déclaratives et de trajectoire s'enclenche.

Le point souvent mal anticipé est que ce seuil s'apprécie par cumul au niveau du site. Un propriétaire ou un exploitant qui pense ne pas être concerné parce qu'aucun de ses bâtiments ne dépasse individuellement 1 000 m² peut malgré tout être assujetti si la somme des surfaces tertiaires présentes sur le même site atteint ce seuil. C'est un point de vigilance particulier pour les sites multi-bâtiments : campus d'entreprise, zones commerciales, centres hospitaliers composés de plusieurs pavillons, ou ensembles de bureaux répartis sur une même emprise foncière.

Sont concernés, sur le principe, les propriétaires et, le cas échéant, les preneurs à bail ou occupants. Autrement dit, la responsabilité n'incombe pas uniquement au propriétaire du mur : selon la répartition contractuelle des charges et des usages, l'occupant peut porter tout ou partie des obligations, notamment la remontée des données de consommation dont il a la maîtrise directe.

Quelles activités sont couvertes ?

  • Bureaux
  • Commerces
  • Hôtellerie-restauration
  • Enseignement
  • Santé
  • Sport, loisirs et culture
  • Logistique et entrepôts
  • Établissements publics

Un point mérite d'être signalé aux entreprises industrielles ou agricoles qui pourraient se croire à l'écart du dispositif : les locaux tertiaires qu'elles exploitent — un siège social, des bureaux administratifs — restent concernés dès lors que leur surface atteint le seuil de 1 000 m², indépendamment de la nature industrielle de l'activité principale du site.

Un parc considérable, une majorité d'assujettis encore mal préparés

Le parc tertiaire concerné en France représente environ 970 millions de m². Cette ampleur explique pourquoi une part significative des sites assujettis n'a pas encore structuré sa démarche de conformité : le sujet touche un nombre d'organisations bien plus large que les seules grandes foncières ou grands groupes.

L'EFA, unité de déclaration sur OPERAT

La déclaration ne se fait pas « par bâtiment » au sens courant du terme, mais par EFA — Entité Fonctionnelle Assujettie. L'EFA est l'unité de découpage retenue par la plateforme OPERAT pour organiser la déclaration : elle correspond à un regroupement cohérent d'activité, de surface et de consommation, qui peut correspondre à un bâtiment entier, à une partie de bâtiment, ou à un ensemble de bâtiments selon la configuration du site.

Bien découper son patrimoine en EFA est une étape technique déterminante, car elle conditionne tout ce qui suit : le choix de la méthode de trajectoire, le calcul des objectifs, l'attribution des consommations par énergie et par usage, et in fine la note attribuée. Un découpage mal pensé — trop agrégé ou au contraire trop fragmenté par rapport à la réalité d'usage des locaux — peut fausser l'appréciation de la performance et compliquer inutilement la gestion administrative année après année.

Ce découpage n'est pas figé de manière définitive : il peut évoluer si la configuration du site change, par exemple à l'occasion d'une restructuration des locaux, d'un changement de locataire ou d'une extension. Mais chaque modification doit rester traçable et cohérente d'une campagne de déclaration à l'autre, faute de quoi le suivi de la trajectoire dans le temps perd de sa pertinence.

Les objectifs en valeur relative : la méthode Crelat

La méthode Crelat exprime l'objectif de réduction en valeur relative, c'est-à-dire par comparaison à une année de référence propre à chaque EFA. Les jalons de réduction fixés par le dispositif sont progressifs et s'échelonnent sur plusieurs décennies, avec un premier palier de réduction de 40 %, puis un second de 50 %, puis un dernier de 60 % par rapport à la consommation de l'année de référence.

L'année de référence se choisit sur une période de douze mois consécutifs, dans une fenêtre calendaire fixée par les textes. Sur le plan stratégique, l'intérêt est de choisir la période de douze mois la plus consommatrice possible dans cette fenêtre, afin de maximiser la marge de réduction disponible et donc la facilité relative à atteindre les paliers suivants. Ce choix, une fois validé sur la plateforme, structure toute la trajectoire de l'EFA pour les décennies à venir : il mérite donc d'être posé avec méthode plutôt que par défaut.

Cette méthode avantage mécaniquement les bâtiments énergivores qui disposent d'une marge de progression importante : plus la consommation de référence est élevée, plus l'effort de réduction en valeur relative est atteignable avec des actions de bon sens — pilotage, régulation, isolation ciblée. À l'inverse, un bâtiment déjà sobre en énergie a, par construction, moins de marge de manœuvre en valeur relative.

Les objectifs en valeur absolue : la méthode Cabs

La méthode Cabs fonctionne selon une logique différente : elle ne compare pas à un historique propre au bâtiment, mais impose le respect d'un seuil de consommation exprimé en kWh d'énergie finale par mètre carré et par an. Ce seuil est défini par catégorie et sous-catégorie d'activité tertiaire, dans les arrêtés dits « valeurs absolues », et il est donc commun à tous les bâtiments exerçant une activité comparable.

Le seuil Cabs se décompose en deux composantes. La première, dite CVC, couvre le chauffage, la ventilation et la climatisation ; elle est ajustée selon la zone climatique et l'altitude du site, pour tenir compte des écarts naturels de besoins énergétiques entre régions. La seconde, dite USE, couvre les usages spécifiques du bâtiment — équipements, éclairage, bureautique — et elle est modulée selon l'intensité d'usage réelle du bâtiment, par exemple les horaires d'ouverture ou le taux d'occupation.

Cette méthode avantage les bâtiments déjà performants ou récents, ainsi que ceux ayant fait l'objet d'une rénovation énergétique avant le début de la fenêtre de référence retenue pour Crelat. Pour ces bâtiments, l'écart entre la consommation réelle et le seuil réglementaire peut être faible, voire déjà atteint, ce qui rend Cabs plus favorable qu'une comparaison à un historique de consommation déjà sobre.

Comment arbitrer entre Crelat et Cabs

Le dispositif ne désigne pas de méthode par défaut applicable à l'ensemble du patrimoine : c'est un arbitrage à faire EFA par EFA. Un même propriétaire peut donc, en toute logique, choisir Crelat pour un bâtiment ancien et énergivore, et Cabs pour un bâtiment récent ou déjà rénové, au sein d'un même portefeuille immobilier. Cet arbitrage est l'une des décisions les plus structurantes du dossier de conformité, car il détermine la trajectoire de référence pour les décennies suivantes.

Comparatif synthétique des deux méthodes de trajectoire
CritèreCrelat (valeur relative)Cabs (valeur absolue)
PrincipeRéduction par rapport à une année de référence propre à l'EFARespect d'un seuil de consommation par m²/an, propre à l'activité
Profil de bâtiment avantagéBâtiment énergivore avec marge de progressionBâtiment performant, récent ou déjà rénové avant la période de référence
Donnée clé à sécuriserChoix de l'année de référence la plus consommatriceCatégorie et sous-catégorie d'activité déclarées, composantes CVC et USE

En pratique, l'arbitrage suppose de connaître précisément l'historique de consommation du bâtiment sur la période éligible pour l'année de référence, et de le comparer au seuil Cabs applicable à son activité. C'est un travail de simulation qui doit être mené avant toute validation sur OPERAT, car un choix de méthode ou d'année de référence mal engagé est difficile à corriger a posteriori et peut peser durablement sur la notation obtenue.

L'année de référence : un choix à ne pas laisser au hasard

Pour les EFA en méthode Crelat, l'année de référence se choisit sur une période de douze mois consécutifs comprise dans une fenêtre calendaire large, elle-même étendue par un arrêté « valeurs absolues » ultérieur pour couvrir des années plus récentes. Ce choix conditionne le niveau de consommation auquel seront comparés tous les objectifs futurs : plus l'année de référence retenue est consommatrice, plus la marge de manœuvre pour atteindre les paliers de réduction est confortable.

Un délai spécifique est prévu pour renseigner cette information sur la plateforme, distinct de l'échéance de déclaration annuelle courante. Il est cependant recommandé de ne pas attendre la dernière échéance disponible pour statuer sur ce choix : à défaut de renseignement, la plateforme retient par défaut la consommation de la première année pleine d'exploitation déclarée, une option qui s'avère très souvent défavorable par rapport à un choix éclairé fait en amont.

Ne pas laisser OPERAT choisir à votre place

En l'absence de choix explicite dans le délai imparti, la plateforme applique une valeur par défaut qui n'a aucune raison d'être optimale pour votre trajectoire. Documenter et valider l'année de référence pour chaque EFA est une action prioritaire, indépendante du calendrier de déclaration des consommations courantes.

Les modulations : ajuster l'objectif sans l'ignorer

Le dispositif prévoit des motifs de modulation qui permettent d'ajuster l'objectif applicable à une EFA lorsque certaines conditions objectives rendent son atteinte impossible ou disproportionnée. Ces motifs ne dispensent pas de la démarche de conformité : ils permettent d'adapter la cible, pas de s'y soustraire.

  • Contraintes techniques rendant impossible la mise en œuvre de certaines actions de réduction
  • Contraintes architecturales ou patrimoniales, notamment pour un bâtiment protégé ou situé en secteur sauvegardé
  • Coûts de travaux manifestement disproportionnés au regard du temps de retour sur investissement
  • Changement de volume d'activité du bâtiment, selon des formules de modulation prévues par les textes

Le calendrier précis de dépôt des dossiers de modulation fait l'objet d'une échéance couramment évoquée, qu'il convient toutefois de confirmer auprès de la documentation officielle en vigueur au moment de constituer le dossier, ce point restant susceptible d'ajustement. Dans tous les cas, une demande de modulation doit être documentée avec rigueur : elle s'appuie sur des éléments techniques ou financiers vérifiables, pas sur une simple déclaration d'intention.

L'obligation déclarative annuelle et l'attestation opposable

Chaque assujetti doit déclarer, avant le 30 septembre de chaque année, les consommations de l'année civile précédente, ventilées par énergie et par usage. Cette déclaration annuelle s'accompagne d'informations complémentaires qui doivent être tenues à jour sur la plateforme.

  1. Les surfaces et catégories d'activité de chaque EFA
  2. Les données descriptives des EFA (composition, usage, caractéristiques)
  3. L'année de référence retenue pour la méthode Crelat
  4. Les indicateurs d'intensité d'usage nécessaires au calcul du seuil Cabs
  5. Le cas échéant, le rattrapage des années antérieures non encore déclarées

Un arrêté récent est venu faire évoluer certains aspects opérationnels du dispositif : il a introduit un modèle d'attestation numérique standardisée directement intégrée à OPERAT, et mis à jour les typologies d'activités déclarables sur la plateforme. Ces évolutions ne changent pas les principes fondateurs du dispositif, mais elles modifient certains éléments de forme qu'il convient de suivre au fil des campagnes.

L'attestation générée par OPERAT restitue les consommations ajustées des variations climatiques, le positionnement de l'EFA par rapport à ses objectifs, ainsi qu'une évaluation des émissions de CO₂ associées. Elle porte une notation Éco Énergie Tertiaire, matérialisée par des pictogrammes en forme de feuille, allant d'une notation insatisfaisante à une notation maximale, en passant par des paliers intermédiaires.

Depuis la fin de la période transitoire ouverte par l'arrêté récent évoqué plus haut, l'attestation est devenue définitive et opposable. Concrètement, elle doit être affichée dans le bâtiment, dans un lieu accessible au public et aux salariés, et elle doit être annexée aux actes de vente et de location des bâtiments ou parties de bâtiments assujettis. Une attestation absente ou obsolète peut donc devenir un point bloquant lors d'une transaction ou d'un renouvellement de bail.

Ce qu'il faut faire maintenant

Face à ce corpus de règles, la meilleure approche pour un dirigeant ou un responsable technique n'est pas d'attendre une hypothétique simplification du texte, mais de sécuriser méthodiquement les fondamentaux : vérifier l'assujettissement de chaque site, structurer un découpage en EFA cohérent, arbitrer entre Crelat et Cabs sur des bases chiffrées, et tenir à jour la déclaration annuelle sur OPERAT.

  • Vérifier, site par site, si le seuil de 1 000 m² est atteint, y compris par cumul de plusieurs bâtiments
  • Cartographier son patrimoine en EFA et documenter ce découpage
  • Simuler les deux méthodes de trajectoire pour choisir, EFA par EFA, l'option la plus favorable
  • Sécuriser le choix de l'année de référence avant l'échéance dédiée
  • Mettre à jour la déclaration annuelle sur OPERAT, y compris le rattrapage des années non déclarées
  • Vérifier la validité et l'affichage de l'attestation, en particulier avant une vente ou une location

Nous accompagnons les entreprises assujetties sur l'ensemble de ces étapes, de l'analyse d'assujettissement jusqu'au dépôt de la déclaration et au suivi de la trajectoire dans la durée. Les sections suivantes de ce site détaillent plus précisément le fonctionnement d'OPERAT, les risques en cas de non-conformité, ainsi qu'un outil de simulation pour visualiser sa propre trajectoire.

Questions fréquentes

Sources : ADEME / plateforme OPERAT, Légifrance. Cette page est informative et ne constitue pas un conseil juridique. Contenu mis à jour le 30 juillet 2026.

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